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Présentation EOS B-Magic
B-Magic. La lanterne magique et son impact culturel comme outil de communication de masse en Belgique (1830-1940)
Bien avant les médias sociaux, le cinéma et le Powerpoint, les images jouaient déjà un rôle essentiel dans la communication. La lanterne magique ou « laterna magica » fut ainsi à l’origine de nombreux moments fascinants et enrichissants. Cette invention dont la popularité avait atteint des sommets au dix-neuvième siècle, permettait de projeter des images sur les murs des théâtres, des écoles, ainsi qu’au sein d’autres lieux public ou privés au moyen de plaques de verre. Il arrivait également à des artistes itinérants munis de lanternes d’organiser des spectacles de projection publics dans les foires. Le projet B-magic se propose la mise à disposition de l’histoire de la lanterne magique comme medium de communication des masses en Belgique, espérant ainsi contribuer de manière significative à l’étude de l’histoire culturelle du pays ainsi qu’à l’élaboration d’une historiographie internationale des médias.
PROJET DE RECHERCHE
Le consortium B-Magic se propose d’étudier le rôle essentiel joué par la lanterne magique au sein de la société belge et ce depuis l’indépendance du pays (1830) et jusqu’en 1940, année du déclin de cette pratique. Une équipe de recherche interdisciplinaire a été réunie à cet effet. Elle est constituée de spécialistes des études sur la performance, le cinéma et les médias, les études urbaines, l’histoire des sciences et des savoirs, les sciences de la communication, la sémiologie et la narratologie. B-Magic pourra ainsi mettre à disposition des chercheurs une étude indispensable pour une meilleure compréhension de l’apport de la lanterne magique comme outil de communication de masse à l’échelle d’un pays.
Il s’agira de mettre en évidence les différentes fonctions des spectacles de lanterne magique au sein de la sphère publique belge, plus spécifiquement au travers de sa capacité de diffuser et de vulgariser les critères et les valeurs des savoirs véhiculés par différents acteurs de la société. Qu’il s’agisse de scientifiques ou d’artistes en tout genre, d’enseignants ou membres du clergé, de mouvements politiques ou d’autres types d’organisations, l’ensemble de ces agents sociétaux ont mis à profit les projections des récits imagés afin d’informer, d’instruire, de divertir et de mobiliser des publics dont le nombre pouvait atteindre mille participants. En sa qualité d’outil de communication des masses, la lanterne magique s’est positionnée pour la première fois en tant qu’alternative à la parole écrite et imprimée considérée comme principal outil d’information et d’éducation. L’ensemble des couches sociales aussi bien lettrées que non-alphabétisées a ainsi reçu des informations visuelles sur la religion, les phénomènes naturels, les innovations scientifiques et technologiques ainsi que sur d’autres zones géographiques.
Consortium
Porte-parole – coordinateur : Prof. Kurt Vanhoutte (Université d’Anvers).
Partenaires : Prof. VANHOUTTE Kurt, Prof. VAN DAMME Ilja (Université d’Anvers), Prof. NASTA Dominique, Prof. VANHAESEBROUCK Karel (Université libre de Bruxelles), WILS Kaat (KULouvain), Prof. MARION Philippe (Université Catholique de Louvain), Dr. CARELS Edwin (KASK Gand), Prof. KESSLER Frank (Université d’Utrecht)
Les universités travaillent en étroite collaboration avec des collectionneurs et des musées Belges en vue de numériser et de conserver ce témoin fragile. Ces collections offrent un regard unique sur la culture visuelle belge depuis la naissance de notre pays.
ULB-team
A l’ULB deux groupes de recherche de la Faculté de Lettres, Traduction et Communication (LTC) font parti du consortium B-magic et mèneront une étude durant quatre ans sur la lanterne magique en Belgique.
THEA | Arts du spectacle vivant
- VANHAESEBROUCK Karel – Principal investigator
- WYNANTS Nele – Postdoc WP4: The Magic Lantern Experience: Mapping Cultural Exchanges between Slide-producing Countries and Belgium
- VAN HASSEL Marte – PhD WP4: Projecting the Other. Colonial Representations and Missionary Propaganda in Belgian Magic Lantern Culture
CiASp | Cinéma
- NASTA Dominique – Principal investigator
- LENK Sabine – Postdoc WP1: The Religious and the Spiritual: the Magic Lantern in the Hands of the Freemasons
- MOENS Bart – PhD WP3: Emotions on Demand: Structures of Sentiment in Lantern Series and their Performance
www.B-magic.eu
copyright ©ULB-Isopix.be
DESCRIPTION DU PROJET
Emotions on demand - Case study 1 : Melodramatic Strategies in Life Model Slide Series
Colonial Representations and Missionary Propaganda in Belgian Magic Lantern Culture (1850-1930)
La lanterne magique : cartographie des échanges culturels entre les pays producteurs de plaques et la Belgique
Chargée de recherche : Dr. Nele Wynants
Aux 18e et 19e siècles, les échanges culturels entre les villes européennes ont fortement contribué au patrimoine de la lanterne magique. Au 18e siècle, des artistes itinérants traversaient les frontières avec, sur le dos, une boîte contenant leur lanterne et des plaques peintes à la main, introduisant ainsi une nouvelle culture visuelle dans les foires locales. Au 19e siècle, ils furent peu à peu remplacés par de pseudo-scientifiques et de plus grandes familles de forains, désireux de surprendre, d’amuser et d’instruire leur public. La production de masse débuta après 1830, lorsque les techniques d’impression et, plus tard, la photographie transformèrent le commerce de la lanterne par son industrialisation organisée. Au plus fort de cette période, les entreprises les plus en vue étaient situées à Londres (Carpenter & Westley), à Paris (Duboscq, Molteni) et en Allemagne (Liesegang, Bing) ; elles produisaient des plaques à grande échelle et les vendaient partout en Europe. La Belgique ne faisant pas partie de ces pays producteurs, les plaques y étaient souvent importées.
Dans le même temps, la lanterne itinérante mit le monde à portée de main grâce aux voies d’échange et de diffusion. Pour la première fois de l’histoire, ceux et celles qui n’avaient pas les moyens de voyager pouvaient découvrir des contrées lointaines. Les récits de voyage illustrés, décrivant des paysages étrangers, des attractions touristiques, des monuments historiques et bien d’autres curiosités exotiques, constituaient le sujet de prédilection des spectacles de lanterne. Ces photos de voyage projetées transportaient le public au cœur de l’action. Bref, la culture de la lanterne magique était par définition une culture de la mobilité : le lanterniste diffusait le savoir aux quatre coins du monde et ramenait à la maison de nouvelles connaissances visuelles.
Étant donné le caractère international de l’histoire de la lanterne, son rôle et son impact en tant que média de masse en Belgique doivent être considérés sous un angle transnational. Ce sous-projet aborde la lanterne magique comme un outil d’échange culturel. Il analysera comment les lanternistes itinérants et les familles de forains se sont appropriés et ont diffusé la culture visuelle, les nouveautés technologiques et les idées à travers les villes européennes et même, lors des fêtes annuelles, dans les plus petites agglomérations et les villages. Comment cette mobilité accrue a-t-elle influencé les modes de production et de commercialisation de la lanterne ? A-t-elle engendré de nouveaux thèmes et matériels ? Comment s’entrecroisaient les différents réseaux de mobilité sociale, commerciale et culturelle ? Quel a été l’impact de ces échanges transnationaux sur les récits nationaux ? Comment les collections et thèmes étrangers ont-ils été intégrés et adaptés au contexte local ?
Émotions à la demande: structures de sentiment dans les série des plaques de la lanterne magique et leur performance
Doctorant : Bart Moens
Promoteurs : Prof. Dr. Dominique Nasta et Dr. Sabine Lenk
Comme Peter Brooks l’a expliqué dans ‘The Melodramatic Imagination’ (1976), le mélodrame se situe à l’intersection des changements sociétaux et de l’évolution des mentalités. Sa mutabilité a permis à la pratique mélodramatique du XIXe siècle d’utiliser diverses formes culturelles. L’une d’entre elle est précisément le spectacle de lanterne magique. Plusieurs domaines d’étude émergent pour ce qui relève des pratiques de la performance et de la diffusion de la lanterne magique: des questions en rapport avec les genres, des questions d’esthétique, ainsi que l’étude des liens qui relient les émotions aux changements socio-politiques. Nous analyserons les aspects mélodramatiques des série de plaques de lanternes magique diffusées en Belgique (1880-1914), en essayant de dégager les stratégies narratives utilisées pour augmenter la réception de certains messages éducatifs auprès des spectateurs. Partant de l’idée de Jean-Louis Bourget selon laquelle le mélodrame relève d’une «esthétique de l’affect», nous utiliserons des concepts théorisés par Ed Tan & Nico Frijda (1999) afin de relier les plaques à leur impact émotionnel: les émotions dérivées de l’univers fictionnel des plaques de lanterne magique et basées sur l’empathie (F-emotions), et les émotions artefact (A-emotions) reposant sur les qualités esthétiques du medium concerné. Dans quelle mesure est-ce que les performances des lanternistes à propos des questions sociales telles que la paupérisation, l’exploitation industrielle, l’alcoolisme, les pathologies de l’époque, ou encore le comportement envers les jeunes ou les personnes âgées, interrogent-elles la société belge du début du 20ème siècle ?
Le Religieux et le Spirituel: la Lanterne Magique aux mains des Francs-maçons
Chargée de recherche : Dr. Sabine Lenk
Différents groupes de pression belges ont utilisé la lanterne magique pour promouvoir leurs convictions. Ils ont opéré publiquement essayant de gagner un public au-delà de leur communauté propre (église, missions, organismes de bienfaisance),ou bien de manière plus discrète, collectivement ou individuellement.
De nombreux jeux de plaques maçonniques, principalement d’origine nord-américaine, ont survécu et sont accessibles en ligne, mais on manque d’informations sur la façon dont les différentes loges maçonniques (ou d’autres groupes d’obédiences diverses) les utilisaient dans l’éducation des aspirants. L’étude de leur patrimoine écrit et visuel devrait pouvoir fournir des informations sur le discours qui accompagnait traditionnellement ces projections lumineuses.
La recherche sur un autre aspect du projet, à savoir l’emploi de la lanterne optique au sein des académies et des universités belges à vocation maçonnique, sera rendue possible grâce aux collections de plaques archivées aux Service des Archives de l’Université libre de Bruxelles. Des professeurs tels Émile Waxweiler, fondateur de l’Institut de Sociologie Solvay, ou le professeur Jean Massart, créateur du jardin botanique d’Auderghem, se servaient des plaques de verres photographiques pour faciliter la compréhension de leurs théories auprès des étudiants. Un troisième aspect concernera leur comparaison avec les institutions Catholiques belges. L’analyse comparative visera à mettre à jour des similitudes mais aussi des différences ainsi que les stratégies narratives et la rhétorique symbolique des deux groupes dans leurs combats pour gagner et conserver leur autorité au sein des pouvoirs publiques.
La Projection d’Autre. Représentations et Propagande Missionnaire dans la Culture de la Lanterne Magique de Belgique
Doctorant : Marte Van Hassel
Promoteurs : Prof. Dr. Karel Vanhaesebrouck et Dr. Nele Wynants
Entre 1850 et 1930, la lanterne jouait un rôle central dans la propagande missionnaire. Les projections des images facilitaient de propager les messages religieux. Ils apportaient une dimension visuelle au sermon parlé, renforcée par l’exposition des images dans l’obscurité solennel. Le spectacle de la lanterne magique était employé par les missionnaires dans leur travail d’outre-mer, comme Paters van Scheut ou les Zusters Franciscanessen Missionarissen van Maria. Ils non seulement servaient d’évangéliser les gens « non civilisés et natifs », mais encore pour stimuler le travail missionnaire dans la Belgique : les images du Congo, de la Mongolie, du Chili ou des Philippines étaient présenté dans les lectures chez-soi pour défendre le but et collecter des dons. La lanterne s’avère un moyen puissant en transmettant une vision missionnaire, justifiant le colonialisme chez le public belge, mais également pour rendre les atrocités du régime de Leopold II au Congo public à travers d’un ensemble des diapos titré « A Reign of Terror on the Congo » (Thompson 2012) et dans les lectures illustrées étrangères, par exemple par Arthur Conan Doyle. Par une étude des collections des diapos (Kadoc, Holy Grave, Africa Museum, Museum Dr Guislain), ce projet doctoral examinera l’emploi de la lanterne magique des missionnaires Belges. Il se concentrera particulièrement sur la formation des stéréotypes racistes dans les visualisations de l’Autre culturel dans le contexte des représentations populaires contemporaines de l’Autre dans les freak shows, les fêtes foraines et les zoos humains dans les exhibitions universelles.
PRESSE
La lanterne magique en Belgique : la culture visuelle du 19e siècle

Les universités flamandes et francophones s’unissent pour mener une étude de grande envergure sur l’histoire de la lanterne magique en Belgique.
Le programme « Excellence of Science » octroie 3,7 millions d’euros à la recherche fondamentale sur l’histoire du premier média de masse visuel en Belgique. Une équipe de chercheurs de deux universités flamandes et de deux universités francophones vont colaborer avec une haute école d’art et des partenaires internationaux pour mener une étude de quatre ans sur la lanterne magique en Belgique.
Les images jouaient déjà bien avant les médias sociaux, le cinéma et le Powerpoint, un rôle essentiel dans la communication. La lanterne magique ou «laterna magica » fut ainsi à l’origine de nombreux moments fascinants et enrichissants. Elle était surtout très populaire au dix-‐neuvième siècle. Cette invention permettait de projeter des images sur les murs des théâtres, des écoles et des maisons au moyen de plaques de verre. Il arrivait également à des artistes itinérants munis de lanternes sur le dos d’organiser des spectacles de projection publics sur les foires.
- La lanterne magique est un des premiers médias demasse visuels. Il s’agissait d’un outil utilisé dans l’enseignement, dans la religion, dans la politique mais aussi dans la science et dans l’art pour
permettre la communication visuelle » explique le professeur Kurt Vanhoutte (Université d’Anvers).
- L’équipe se compose de chercheurs en histoire culturelle et histoire des sciences, en science des médias et de la communication ainsi qu’en histoire du film et du théâtre. Ensemble, nous nous penchons sur le rôle que jouait la lanterne magique durant les centpremières années de l’histoire de la Belgique. »
Ce projet belge rejoint une tendance internationale. «Depuis quelques années, la lanterne magique est reconnue comme étant un témoin important de l’héritage européen», nous explique le professeur Frank Kessler de l’Université d’Utrecht. « La valeur historique des plaques est souvent sous-‐estimée et l’on ignore ce qu’il convient de faire avec une grande collection ou comment la conserver. » C’est pourquoi les universités européennes travaillent en étroite collaboration avec des collectionneurs et des musées en vue de numériser et de conserver ce témoin fragile.
De nombreuses collections ont également été retrouvées en Belgique. Lors d’une étude préliminaire, le Dr. Sabine Lenk et le Dr. Nele Wynants, chercheuses aux universités d’Anvers et de Bruxelles, ont déjà découvert pas moins de 100000 plaques de verre dans des musées, des bibliothèques et des universités belges. Une quantité qui va certainement encore augmenter. Les sujets sont très divers : géographie, anatomie, microscopie et astronomie. Il arrivait également à des politiciens, des religieux et des francs-‐maçons de projeter des représentations hagiographiques mais aussi des images de voyages lointains, de colonies et de symboles pour répandre leurspensées. « Ces collections offrent un regard unique sur la culture visuelle belge depuis la naissance de notre pays. Il s’agit d’un complément essentiel et nécessaire aux sources écrites connues», expliquent les chercheurs.
Le programme « Excellence of Science » (EOS) qui a été lancé pour la première fois l’année dernière par le gouvernement belge, forme le cadre parfait pour cette recherche. Le Fonds de la Recherche Scientifique (F.R.S.-‐ F.N.R.S.) et son homologue néerlandophone « het Fonds Wetenschappelijk Onderzoek-‐Vlaanderen (FWO) » ont octroyé conjointement au premier appel 118millions d’euros à 38 consortia de recherche. Une somme qui servira à la recherche fondamentale d’excellence pendant une période de quatre ans. Le programme EOS permet la collaboration entre les communautés et les régions en matière de recherche moyennant le financement de consortia de recherche d’excellence, se composant de groupes de recherche issus des deux communautés, éventuellement complétés de groupes de recherche fédéraux et internationaux.
Sur le plan pratique :
Titre du projet : B-‐Magic. The Magic Lantern and its Cultural Impact as Visual Mass Medium in Belgium (1830-‐1940)
Domaine de recherche: Sciences humaines : études de performance, études du cinéma et des médias, histoire urbaine, histoire des sciences, sémiotique, analyse visuelle et narratologie, sciences politiques et de la communication.
Porte-‐parole -‐ coordinateur : Prof. Kurt Vanhoutte (Université d’Anvers).
Partenaires : Prof. VANHOUTTE Kurt, Prof. VAN DAMME Ilja (Université d’Anvers), Prof. NASTA Dominique, Prof. VANHAESEBROUCK Karel (Université libre de Bruxelles), WILS Kaat (KULouvain), Prof. MARION Philippe (Université Catholique de Louvain), Dr. CARELS Edwin (KASK Gand), Prof. KESSLER Frank (Université d’Utrecht)
Programme « Excellence of Science (EOS) » : http://www.eosprogramme.be/
Vous souhaitez en savoir plus ?
Prof. Kurt Vanhoutte: kurt.vanhoutte@uantwerpen.be (+32 497 46 14 28)
Dr Sabine Lenk: S.Lenk@uu.nl
Dr Nele Wynants: nele.wynants@ulb.ac.be (+32 486 11 52 45)
Carpenter & Westley astronomical slides from theRoyal Institution London collection.
Lantern slides from collection Helmut Wälde.
"Les lanternes magiques: ancêtres du projecteur cinématographique" - Reportage RTBF 26/03/2018